En cardio-oncologie, l’imagerie cardiaque vise moins à “mesurer une FEVG” qu’à répondre à des questions cliniques ciblées, confirmer ou infirmer une atteinte cardiovasculaire liée au cancer ou à ses traitements, en préciser le mécanisme, et guider la décision thérapeutique. L’échocardiographie transthoracique (ETT) reste au sein des recommandations l’examen de première intention pour l’évaluation fonctionnelle et la surveillance, tandis que l’IRM cardiaque s’inscrit actuellement comme examen de recours lorsque l’ETT est non diagnostique ou insuffisante, et comme outil de caractérisation tissulaire lorsque l’enjeu dépasse la seule quantification des volumes et de la FEVG.[1]
Dans ce cadre, la valeur ajoutée de l’IRM cardiaque se concentre sur des situations où la reproductibilité et la caractérisation tissulaire modifient l’interprétation, où le diagnostic différentiel est critique et où une étiologie particulière peut expliquer un tableau d’insuffisance cardiaque.
Quatre situations cliniques principales peuvent être distinguées :
- Dysfonction cardiaque liée aux traitements anticancéreux (CTRCD)
L’ETT reste la modalité d’imagerie de première intention mais l’IRM cardiaque peut être utilisée en complément en raison de sa grande précision et de sa reproductibilité élevée. Elle permet de confirmer la dysfonction ventriculaire, en particulier lorsque la qualité de l’ETT est suboptimale, et contribue à l’analyse étiologique et notamment d’éliminer les diagnostics alternatifs. [2] Peu de données sont encore disponibles sur la valeur incrémentale du strain IRM mais pourrait être un paramètre pronostic optimal. [3] - Myocardite associée aux inhibiteurs de points de contrôle immunitaire (ICI)
Chez les patients traités par ICI et présentant un tableau clinico-biologique évocateur de myocardite, l’IRM cardiaque contribue au diagnostic et permet d’exclure d’autres étiologies, notamment un syndrome coronarien aigu ou un syndrome de Takotsubo. Elle doit être intégrée à une évaluation diagnostique globale, en gardant à l’esprit que sa sensibilité est inférieure à celle observée dans les myocardites virales, une IRM normale n’éliminant pas une possible myocardite à ICI. [4] - Évaluation d’une insuffisance cardiaque à fraction d’éjection préservée (ICFEp)
L’IRMC peut participer au bilan diagnostique en identifiant des étiologies spécifiques, en particulier l’amylose à chaînes légères (AL), dans un contexte de cancer ou de pathologie hématologique associée. - Évaluation des atteintes péricardiques et des masses péricardiques
Bien que rares, en particulier dans un contexte d’atteinte secondaire, ces situations justifient le recours à la IRM cardiaque, qui est essentielle du fait de ses capacités de caractérisation tissulaire. [5]
En conclusion, l’IRM cardiaque a vocation à s’intégrer dans une stratégie d’imagerie multimodale pour l’évaluation et le diagnostic des patients en cardio-oncologie. Ses performances en caractérisation tissulaire et en quantification volumétrique précise soutiennent une place croissante, en complément de l’échocardiographie, dans des situations cliniques ciblées.

Article rédigé par Julien Hudelo
References :
[1] A. R. Lyon et al., « 2022 ESC Guidelines on cardio-oncology developed in collaboration with the European Hematology Association (EHA), the European Society for Therapeutic Radiology and Oncology (ESTRO) and the International Cardio-Oncology Society (IC-OS) », Eur. Heart J., vol. 43, no 41, p. 4229‑4361, nov. 2022, doi: 10.1093/eurheartj/ehac244.
[2] J. Herrmann et al., « Defining cardiovascular toxicities of cancer therapies: an International Cardio-Oncology Society (IC-OS) consensus statement », Eur. Heart J., vol. 43, no 4, p. 280‑299, janv. 2022, doi: 10.1093/eurheartj/ehab674.
[3] C. P. Houbois et al., « Serial Cardiovascular Magnetic Resonance Strain Measurements to Identify Cardiotoxicity in Breast Cancer », JACC Cardiovasc. Imaging, vol. 14, no 5, p. 962‑974, mai 2021, doi: 10.1016/j.jcmg.2020.09.039.
[4] V. M. Ferreira et al., « Cardiovascular Magnetic Resonance in Nonischemic Myocardial Inflammation », J. Am. Coll. Cardiol., vol. 72, no 24, p. 3158‑3176, déc. 2018, doi: 10.1016/j.jacc.2018.09.072.
[5] F. Angeli et al., « Multimodality Imaging in the Diagnostic Work-Up of Patients With Cardiac Masses », JACC CardioOncology, vol. 6, no 6, p. 847‑862, déc. 2024, doi: 10.1016/j.jaccao.2024.09.006.
[6] I. Harries et al., « Magnetic Resonance Imaging to Detect Cardiovascular Effects of Cancer Therapy », JACC CardioOncology, vol. 2, no 2, p. 270‑292, juin 2020, doi: 10.1016/j.jaccao.2020.04.011.

